Bref ! Aujourd’hui, je vais débuter une nouvelle série, celle des courses de légende. Et pour commencer, je vais vous parler du GP du Portugal 1987, disputé le 20 septembre 1987, il y’a donc 22 ans jour pour jour.

En cette année 1987, la formule 1 débute une des plus importantes mutations de son histoire : l’époque des moteurs turbos touche à sa fin, et la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile) a annoncé le retrait de ce type de motorisation à la fin de l’année 1988. Dès lors, quelques équipes ont d’ores et déjà abandonné le turbo pour s’équiper de nouveau en moteurs atmosphériques, le Ford-Cosworth DFZ en l’occurrence qui équipe Tyrrell, AGS, March, et Lola Larrousse. D’ailleurs deux trophées spécifiques ont été crées spécialement pour ces monoplaces à motorisation atmosphérique : le trophée Jim Clark qui récompense le meilleur pilote équipé par un moteur atmosphérique, et le trophée Colin Chapman qui récompense la meilleure écurie utilisant ce type de moteurs. Ces trophées sont alors dominés par Jonathan Palmer et l’équipe Tyrrell.
Cependant, toutes ces petites équipes sont encore largement dominées par les moteurs turbos qui équipent la majorité des écuries de formule 1. De ce fait, les Williams-Honda sont les grandes dominatrices de cette saison 1987 puisqu’au terme de la 11ème épreuve du championnat, le GP d’Italie, c’est Nelson Piquet (Williams-Honda) qui occupe la tête du championnat du monde des pilotes avec 63 points, 14 unités devant Ayrton Senna (Lotus-Honda), et 20 devant son équipier Nigel Mansell. Le tenant du titre Alain Prost n’occupe que la 4ème place de ce classement avec 31 points. Autant dire qu’en arrivant à Estoril, théâtre de la 12ème des 16 épreuves de ce championnat 1987, le natif de Saint-Chamond n’a quasiment plus aucune chance de glaner un 3ème titre consécutif. La faute au moteur TAG-Porsche, dépassé techniquement par son homologue japonais Honda, qui équipe Williams et Lotus. Cependant, ses deux victoires en début d’année à Rio et Spa-Francorchamps ont permis à Prost d’égaler le record du nombre de victoires en grands prix, détenu par Jackie Stewart avec 27 succès. Mais depuis, Alain n’a jamais pu remonter sur la plus haute marche du podium, et s’emparer seul de ce prestigieux record.
Estoril accueille donc la 12ème épreuve du championnat 1987, le GP du Portugal. Un grand prix capital, notamment pour Mansell qui doit absolument réagir pour combler l’écart qui le sépare de son équipier Nelson Piquet. Mais ce grand prix débute déjà par une surprise, avec l’étonnante pôle position de Gerhard Berger sur Ferrari, la 1ère pour la marque Italienne depuis le GP du Brésil 1985 ! Le jeune autrichien devant sur la grille Nigel Mansell, Alain Prost qui signe un excellent 3ème chrono devant Nelson Piquet et Ayrton Senna. Voici l’intégralité de la grille de départ :
1) Gerhard Berger (AUT) Ferrari V6 Turbo (1’17’’620)
2) Nigel Mansell (GB) Williams-Honda V6 Turbo (1’17’’951)
3) Alain Prost (FRA) McLaren-TAG Porsche V6 Turbo (1’17”994)
4) Nelson Piquet (BRA) Williams-Honda V6 Turbo (1’18”164)
5) Ayrton Senna (BRA) Lotus-Honda V6 Turbo (1’18’’354)
6) Michele Alboreto (ITA) Ferrari V6 Turbo (1’18’’540)
7) Riccardo Patrese (ITA) Brabham-BMW L4 Turbo (1’19’’965)
8) Stefan Johansson (SWE) McLaren-TAG Porsche V6 Turbo (1’20”134)
9) Thierry Boutsen (BEL) Benetton-Ford V6 Turbo (1’20”305)
10) Teo Fabi (ITA) Benetton-Ford V6 Turbo (1’20’’483)
11) Eddie Cheever (USA) Arrows-Megatron L4 Turbo (1’21”207)
12) Derek Warwick (GB) Arrows-Megatron L4 Turbo (1’21’’397)
13) Andrea De Cesaris (ITA) Brabham-BMW L4 Turbo (1’21”725)
14) Alessandro Nannini (ITA) Minardi-Motori Morderni V6 Turbo (1’21’’784)
15) Satoru Nakajima (JAP) Lotus-Honda V6 Turbo (1’22’’222)
16) Christian Danner (GER) Zakspeed L4 Turbo (1’22”358)
17) Martin Brundle (GB) Zakspeed L4 Turbo (1’22’’400)
18) René Arnoux (FRA) Ligier-Megatron L4 Turbo (1’23’’237)
19) Philippe Alliot (FRA) Lola Larrousse-Ford Cosworth V8 Atmo (1’23’’580)
20) Adrian Campos (SPA) Minardi-Motori Moderni V6 Turbo (1’23’’591)
21) Philippe Streiff (FRA) Tyrrell-Ford Cosworth V8 Atmo (1’23’’810)
22) Ivan Capelli (ITA) March-Ford Cosworth V8 Atmo (1’23’’905)
23) Piercarlo Ghinzani (ITA) Ligier-Megatron L4 Turbo (1’24’’105)
24) Jonathan Palmer (GB) Tyrrell-Ford Cosworth V8 Atmo (1’24”217)
25) Alex Caffi (ITA) Osella-Alfa Romeo V8 Turbo (1’24’’792)
26) Franco Forini (ITA) Osella-Alfa Romeo V8 Turbo (1’26’’635)
Non qualifié) Pascal Fabre (FRA) AGS-Ford Cosworth V8 Atmo (1’26’’946)
Le 1er départ de la course est d’abord avorté sur à un carambolage survenu au 1er virage, et qui a contraint les officiels à déployer le drapeau rouge. Tous les pilotes peuvent repartir à l’exception de l’allemand Christian Danner sur Zakspeed.
Au 2nd départ c’est Mansell qui prend la tête des opérations devant Berger, Senna, Piquet et Prost. Mais Mansell ne gardera son avantage qu’un tour, puisqu’au 2ème passage devant les stands, Berger reprend la tête de la course. Au tour suivant c’est son équipier Michele Alboreto qui passe l’attaque et prends à Prost la 5ème place. Les positions ne changent pas jusqu’au 10ème tour : Berger compte 4 secondes d’avance sur Mansell, 9 sur Senna et Piquet, 11 sur Alboreto et Prost. 3 tours plus tard, Senna doit observer un long arrêt aux stands de 2 tours pour y résoudre des problèmes mécaniques, alors qu’au même moment Mansell renonce, en panne d'électricité ! Le classement est donc chamboulé : Berger mène toujours, avec 10 secondes d’avance sur le nouveau 2nd, Nelson Piquet. Alboreto est 3ème à 14 secondes juste devant Alain Prost tandis que les Benetton-Ford de Boutsen et Fabi occupent les 5ème et 6ème rangs à respectivement 17 et 24 secondes du leader.
Au 22ème des 70 tours de course, c’est au tour de Boutsen de connaître des ennuis : il doit stopper 8 minutes au stand Benetton pour y changer ses bougies, ainsi que le boitier électronique. Au 30ème tour Piquet rentre lui aussi aux stands, mais pour un simple changement de pneus. Il repart 5ème derrière Fabi. 2 tours plus tard Prost stoppe lui aussi, et repart devant Nelson Piquet. 34ème tour, c’est Berger qui change ses roues, laissant le leadership à son équipier Alboreto qui l’imite deux tours plus tard. Fabi est le dernier des hommes de tête à effectuer cette opération au 38ème tour, au même moment Alboreto abandonne sa Ferrari, boîte de vitesses cassée.
Au 40ème tour, Berger occupe toujours la tête du grand prix 16 secondes devant Prost, talonné par Nelson Piquet. Fabi est 4ème à 19 secondes, loin devant De Cesaris 5ème à 1’04 et Johansson 6ème sur ses talons. Il reste 30 tours à couvrir.
C’est le moment où Alain Prost décide de montrer toute l’étendue de son talent, en remontant méthodiquement sur Berger. Les remontées de Prost n’ont rien à voir avec celles de Senna ou Mansell, marquées par un pilotage spectaculaire. Non, les remontées « à la Prost » sont des remontées qui se font petit à petit, sans jamais maltraiter la mécanique. 5 petits dixièmes par ci, 2 autres par là, rien à voir avec les écarts qui dépassent parfois la seconde chez Mansell ou Senna.
Ainsi, au 50ème tour, Prost compte toujours 12 secondes de retard sur Berger. Piquet est toujours 3ème mais il a lâché prise. Fabi, Johansson et De Cesaris complètent le top 6.
La fin de course approchant, Prost continue d’enfoncer le clou et remonte de plus en plus vite sur Berger : à 10 tours du but, Prost n’est plus qu’à 3 secondes de la Ferrari de l’Autrichien. L’issue paraît inexorable, et tout le monde s’attend à voir Berger abdiquer. Et pourtant non, l’écart se stabilise autour des 3 secondes. Berger semble avoir la course en mains, Prost ne semble pas en mesure d’inquiéter la Ferrari. Erreur ! Prost est en train d’appliquer une tactique d’une intelligence rare : revenu à 3 secondes de Berger, Prost a laissé ensuite se stabiliser l’écart pour « endormir » Berger. Et puis, Prost repasse à l’attaque. Il signe son meilleur tour en course au 65ème tour, et revient à 2 secondes de Berger. L’autrichien réplique, et au 66ème tour il prend à Prost le meilleur tour. On sent les deux pilotes sur le fil du rasoir, le chaos est proche : il frappe Berger. Dans le 68ème tour, l’autrichien, mis sous pression, part en tête-à-queue. Prost passe en tête, à 2 tours de l’arrivée, il ne la quittera plus.
Alain Prost franchit la ligne d’arrivée en vainqueur : l’explosion de joie d’Alain, et de l’équipe McLaren est à la hauteur de l’exploit réalisé. Prost remporte sa 28ème victoire en carrière, devenant du même coup le recordman du nombre de victoires en grand prix. Il devient, définitivement, le plus grand pilote de son époque.
Classement final du GP du Portugal :
1) Alain Prost (FRA) McLaren-TAG Porsche V6 Turbo (1h37'03"906)
2) Gerhard Berger (AUT) Ferrari V6 Turbo (à 20"493)
3) Nelson Piquet (BRA) Williams-Honda V6 Turbo (à 1'03"295)
4) Teo Fabi (ITA) Benetton-Ford V6 Turbo (à 1 tour, panne d'essence)
5) Stefan Johansson (SWE) McLaren-TAG Porsche V6 Turbo (à 1 tour)
6) Eddie Cheever (USA) Arrows-Megatron L4 Turbo (à 2 tours)
7) Ayrton Senna (BRA) Lotus-Honda V6 Turbo (à 2 tours)
8) Satoru Nakajima (JAP) Lotus-Honda V6 Turbo (à 2 tours)
9) Ivan Capelli (ITA) March-Ford Cosworth V8 Atmo (à 3 tours)
10) Jonathan Palmer (GB) Tyrrell-Ford Cosworth V8 Atmo (à 3 tours)
11) Alessandro Nannini (ITA) Minardi-Motori Moderni V6 Turbo (à 4 tours, panne d'essence)
12) Philippe Streiff (FRA) Tyrrell-Ford Cosworth V8 Atmo (à 4 tours)
13) Derek Warwick (GB) Arrows-Megatron L4 Turbo (à 4 tours)
14) Thierry Boutsen (BEL) Benetton-Ford V6 Turbo (à 6 tours)
AB) Andrea De Cesaris (ITA) Brabham-BMW L4 Turbo (54ème tour, alimentation)
AB) Michele Alboreto (ITA) Ferrari V6 Turbo (38ème tour, boîte de vitesses)
AB) Martin Brundle (GB) Zakspeed L4 Turbo (35ème tour, boîte de vitesses)
AB) Franco Forini (ITA) Osella-Alfa Romeo V8 Turbo (32ème tour, roulement de roue)
AB) Philippe Alliot (FRA) Lola Larrousse-Ford Cosworth V8 Atmo (31ème tour, pompe à essence)
AB) René Arnoux (FRA) Ligier-Megatron L4 Turbo (29ème tour, radiateur)
AB) Alex Caffi (ITA) Osella-Alfa Romeo V8 Turbo (27ème tour, turbo)
AB) Piercarlo Ghinzani (ITA) Ligier-Mégatron L4 Turbo (24ème tour, embrayage)
AB) Adrian Campos (SPA) Minardi-Motori Moderni V6 Turbo (24ème tour, radiateur)
AB) Nigel Mansell (GB) Williams-Honda V6 Turbo (13ème tour, électricité)
AB) Riccardo Patrese (ITA) Brabham-BMW L4 Turbo (13ème tour, moteur)
AB) Christian Danner (GER) Zakspeed L4 Turbo (0 tours, accident)
La bonne opération du jour est cependant à mettre au crédit de Nelson Piquet, qui compte désormais 18 points d'avance sur son dauphin, Ayrton Senna. Le pilote de la Williams-Honda est le grand favori du championnat 1987, qu'il remportera d'ailleurs quelques semaines plus tard.
Alain Prost ne terminera que 4ème du championnat cette saison, et malgré cela, l'année 1987 fut pour lui un grand cru grâce à l'obtention de ce record du nombre de victoires en grands prix. Finalement, Prost achèvera sa carrière avec 51 victoires. Il détiendra ce formidable record jusqu'au GP de Belgique 2001, au terme duquel Michael Schumacher remportera sa 52ème victoire en grand prix.
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